Le séisme au Japon, quels risques de contamination nucléaire pour le Sénégal ?

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Par le Pr Adams TIDJANI, Environnement Afrique

Le Japon, au confluent de quatre plaques tectoniques, est touché par des milliers de secousses chaque année, certaines atteignant la magnitude 8 sur l’échelle de Richter. Le séisme qui vient de toucher le Japon en ce 11 mars 2011, est l’un des plus meurtriers. Le bilan provisoire se chiffre à plus de 20.000 morts et des milliers de sans abris, le coût de la destruction s’élève à 235 milliards de dollars US. Nous avons pu voir un peuple digne, discipliné, dans la douleur. Comme si le ciel s’acharnait sur eux, une catastrophe nucléaire est venue s’y ajouter, qui, si elle n’est pas endiguée, risque d’avoir de graves conséquences sur toute la planète. Du point de vue économique, les Japonais seront obligés de rapatrier leurs avoirs pour la reconstruction du pays, le marché des composants de l’électronique sera perturbé, on assistera à un renchérissement du cours du pétrole car la demande japonaise risque d’augmenter pour sa reconstruction et aussi pour faire tourner les centrales thermiques qui prendront le relais des centrales nucléaires endommagées, etc.

Le Japon vient de connaître l’une des plus graves catastrophes de son histoire. Vendredi 11 mars 2011, 5h46, heure GMT (14h46 heure locale). Un important séisme d’une magnitude 9 sur l’échelle de Richter frappe le Nord-est du Japon dans la région de Sendai. Cette grande secousse a provoqué des vagues de dix mètres de haut qui ont déferlé sur la côte de Sendai et provoqué un tsunami de plus d’une dizaine de mètres de hauteur.

Aujourd’hui, le monde entier est au chevet du japon car cette catastrophe naturelle a partiellement abîmé une centrale nucléaire localisée à Fukushima. Si les constructions japonaises sont dimensionnées pour résister aux séismes, ceci n’était pas le cas pour les centrales nucléaires. Rappelons que la technologie actuelle est capable de construire des centrales nucléaires qui peuvent résister à de tels chocs, mais il y a un renchérissement du coût de 35%, ce qui, en matière de rentabilité économique, peut rendre le nucléaire inintéressant.

La dégradation de la centrale de Fukushima, notamment de quelques-uns de ses réacteurs, a fait du séisme une catastrophe à l’échelle mondiale du fait des risques potentiels de contamination radioactive qui planent sur toute la planète. Cette contamination a déjà atteint les Etats Unis, plus précisément la Californie, elle devrait atteindre la France d’ici le 23 mars 2011 si la direction des vents est maintenue. Ces événements appellent des questionnements sur deux problématiques essentielles, l’avenir du Nucléaire comme source d’énergie et le niveau de contamination induite sur la planète et son impact.

L’avenir du nucléaire
Fukushima est un rappel brutal, cependant, que nous ne pourrons jamais éliminer tous les risques et que les risques de la technologie nucléaire peuvent être incroyablement élevés, d’après un analyste. Devant les risques que la catastrophe de Fukushima pourrait générer, tous les pays ayant recours au nucléaire se remettent en question aujourd’hui sous la pression de leur opinion publique, qui, à l’image de ce qui se passe à Fukushima, nourrit un sentiment d’insécurité devant l’impuissance des experts à venir à bout de cette catastrophe. Ainsi, la Russie, la France, les Etats Unis, entre autres, ont pour certains, demandé l’arrêt de certaines centrales nucléaires, pour d’autres, leur révision. L’avenir du nucléaire est aujourd’hui sérieusement remis en cause. Bien qu’étant une énergie propre si l’on fait référence aux émissions des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, il peut être source de risques importants dont les limites sont difficilement circonscrites.
Pour éviter d’être dépendant aussi bien du thermique (tyrannie du pétrole) que du nucléaire (risque important et incontrôlable), nous devons plus que jamais diversifier les sources d’énergie, y compris les énergies renouvelables comme l’énergie éolienne et solaire, le gaz naturel, le charbon propre. Un pays comme le Sénégal, que Dame Nature a doté du soleil sur toute l’année, tarde toujours à développer le solaire à grande échelle. Nous pouvons même dire que c’est toute l’Afrique qui est en retard dans ce domaine. Ironie du sort, les Allemands, à travers le projet Desertec, vont créer la plus grande centrale solaire dans le désert du Sahara pour pouvoir couvrir une grande partie de leurs besoins énergétiques (30%) par le solaire d’ici 2030.

Depuis toujours, la chaleur et la lumière du Soleil ont été la principale source d’énergie des hommes. Éclipsées pendant quelques siècles par le charbon, le pétrole, le gaz et l’uranium, voici que l’énergie solaire et ses formes dérivées reviennent en force sous le nom paradoxal d’énergies nouvelles. Le soleil envoie chaque année à la surface de la Terre à peu près 6000 fois la consommation annuelle mondiale d’énergie. Nous disposons de tout ce potentiel et nous en sommes encore aujourd’hui, après 50 années d’indépendance, à rechercher des solutions énergétiques !

Il est temps que nos politiques impulsent une véritable politique énergétique basée sur le solaire en opérant, avec nos partenaires au développement, un transfert de technologies vertes, en mettant sur place un laboratoire de recherche en énergie solaire performant avec pour objectif d’être de niveau mondial dans la prochaine décennie. Les Sénégalais accepteront avec soulagement cette idée si cela peut les éloigner des affres des délestages, de manière durable, réduire de manière drastique les factures énergétiques qui occupent un poste important dans le budget des ménages.

Risques possibles de contamination nucléaire pour le Sénégal
Aujourd’hui, à l’issue de la catastrophe de Fukushima, le risque de contamination devient de plus en plus réel. Le taux de radioactivité aux alentours de la centrale ne cesse de jouer au yoyo, de l’iode radioactif a été trouvé dans l’eau du robinet de la ville de Tokyo, une alerte à la contamination de produits alimentaires a été déclenchée. Des taux élevés de radioactivité ont été détectés dans du lait et des épinards dans la région de Fukushima et d’Ibaraki. Les pays européens ont instauré au niveau de leurs frontières, des systèmes de contrôle de la radioactivité des produits venant du Japon. Qu’en est-il du Sénégal ?

A la lecture de la presse sénégalaise après le séisme du Japon, peu d’intérêt lui a été porté. Pourtant, nous devons nous y intéresser pour plusieurs raisons. Nos commerçants vont souvent se ravitailler au Japon. Par exemple, avec toutes les voitures qui ont été inondées lors du tsunami, certains peuvent y voir une opportunité de faire importer ces véhicules que les Japonais ne réutiliseront pas car remboursés par les assurances. De tels véhicules, sur lesquels se sera déposée probablement de la radioactivité, vont pénétrer sur notre territoire sans grande difficulté. Ceci est d’autant plus vrai que nos services de douane n’étant ni outillés, ni conscients du risque, ne pourront leur interdire l’entrée. Ceci sera également valable pour les réfrigérateurs, cuisinières, …
On risque alors de vivre l’expérience de l’entrepreneur d’un pays maghrébin qui, après la catastrophe de Tchernobyl, avait importé des fers de construction de Russie. Utilisé pour la construction d’un immeuble, ce fer a occasionné d’importants dégâts sanitaires. En effet, quelques années après l’occupation de cet immeuble, 80% des occupants ont développé un cancer. Ainsi, ce risque peut subvenir pour toute importation provenant de la localité d’Ibaraki (lieu du séisme) si un contrôle rigoureux n’est pas mis en place. Ce contrôle pourrait même être étendu à des produits venant d’autres localités, car le nuage radioactif se déplace. Ce dernier peut s’étendre sur tout le territoire japonais et même au delà vers le Pacifique (où il pourra se déposer sur des containers transportés par les bateaux en mer; containers que nous utilisons sous nos cieux comme magasins). Les dernières données météorologiques prévoyaient également un déplacement du nuage radioactif vers la Russie et la Chine, avec risque de dépôt sur les récoltes de riz, de blé et autres, qui ne seront plus alors consommables. Dans le cas de cette dernière éventualité, après la terrible sècheresse que la Chine a connue cette année (ce qui a poussé les autorités Chinois à annoncer une importante réduction de leur exportation de blé (voir veille environnementale), deux denrées risquent de voir leurs cours s’envoler sur le marché dans les mois à venir, le riz et le blé. Ces deux denrées étant essentielles dans notre pays, on risque d’aller vers des périodes difficiles pour les populations.

Enfin, les commerçants qui s’approvisionnent en équipements électroniques, en pièces détachées et autres au Japon, vont devoir se réajuster. En effet, de nombreuses usines ont été détruites par le tsunami et le tremblement de terre. Plusieurs secteurs d’activité sont aujourd’hui touchés. Par exemple, l’usine qui produit un des composants de l’IPad 2 ne tourne plus.

Les mois à venir risquent d’être douloureux pour les passionnés en gadgets électroniques.

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